mardi 15 décembre 2009

Le Hamas peut-il triompher, vingt-deux ans après sa création?

Des dizaines de milliers de Palestiniens portant des bannières vertes, la couleur de l’islam, se sont rassemblés lundi dans les rues de Gaza pour célébrer le 22ème anniversaire de la création du Hamas.


« Depuis sa fondation, le Hamas a été en mesure de réaliser une grande partie de ses objectifs et de surmonter toutes les épreuves : la prison, l’exil, les assassinats et les élections », claironne l’un de ses chefs, Mahmoud Zahar. Mais le mouvement islamiste peut-il réellement afficher un bilan aussi positif ?

Un an après la guerre que lui mena l’armée israélienne, la plupart des maisons et des bâtiments détruits n’ont toujours pas été reconstruits dans la bande de Gaza. Certes, l’asphyxie promise par la communauté internationale n’a pas eu lieu : les intégristes ont de l’argent et des armes. Mais leur popularité n’est sans doute pas aussi importante que ses dirigeants l’assurent.

« Le Hamas perd un peu de son soutien », estime au contraire un des rares diplomates européens à rencontrer les responsables intégristes. Selon lui, « les islamistes n’ont pas engrangé de dynamique. Ils n’ont pas obtenu grand-chose ces derniers mois ».

D’où leur souci de conclure le « deal » sur Gilad Shalit, ce soldat israélien qui pourrait être libéré au cours des semaines prochaines en échange de l’élargissement de centaines de détenus palestiniens, emprisonnés en Israël. « Le Hamas a besoin d’afficher un succès auprès de la population », selon leur interlocuteur.

Les Gazaouis, dans leur ensemble, n’ignorent pas que c’est l’argent de la communauté internationale offert à l’Autorité palestinienne qui permet de payer les salaires de plusieurs dizaines de milliers de fonctionnaires à Gaza, où le Hamas règne pourtant en maître depuis trois ans.

En interne, des divisions pèsent sur le Mouvement de la résistance islamique. Tout d’abord entre certains responsables de la branche militaire et des politiques. « Notre approche de la résistance (…) n’est pas limitée à la lutte armée », plaide Mahmoud Zahar. « Les brigades al-Qassam ont construit leurs armes à main nues, y compris les roquettes Qassam qui terrifient l’ennemi sioniste », semble lui répondre Abou Obeida, le porte-parole de la branche militaire.

Pour le diplomate européen, « il y a une discussion interne entre ceux qui veulent faire de la politique et ceux qui ne veulent pas. Et ce conflit, n’est pas résolu. Les militaires veulent faire la guerre. Ils ont des armes. Et leur appareil a été restructuré après l’offensive de Tsahal au printemps », poursuit-il.

Sur ses flancs, le Hamas est également confronté à la menace salafiste. Des ultras de sa branche armée, qui dénoncent la dérive politique du Mouvement, succombent aux sirènes du djihadisme.

Pour de nombreux observateurs, « la tuerie de Rafah l'été dernier devait montrer les limites à ne pas dépasser pour les salafistes, mais c’était aussi un avertissement lancé à la branche armée » du Mouvement. En août, le Hamas avait écrasé dans le sang une révolte de militants salafistes retranchés dans une mosquée de Khan Younès au sud de la bande de Gaza.

Enfin politiquement, le Hamas n’a pas réussi à briser l’isolement imposé par la communauté internationale à l’encontre d’une organisation toujours considérée comme terroriste par l’Union européenne et les Etats-Unis. « Ils mettent toujours le blâme sur Israël », regrette leur interlocuteur européen.

Pour l’heure, le Hamas a choisi de rester inflexible, alors qu’en Occident de plus en plus de voix dénoncent la quarantaine qui lui est imposée. Pensant certainement que le temps travaille pour les islamistes. A voir.
Georges Malbrunot

« Les Marocains trois fois plus contrôlés par la police »

Archive, © Le Soir, Pierre-Yves Thienpont
La population d’origine marocaine en Belgique se sent plus discriminée que la population d’origine turque, ressort-il d’une étude européenne à grande échelle sur les minorités et les discriminations.


Elle se sent également plus visée par la police. Un coup de sonde dans les bases de données des polices européennes confirme cette impression, selon le rapport.

L’Agence européenne des droits fondamentaux a mené pour la première fois une étude à grande échelle sur la discrimination au sein des États membres, écrit De Morgen. L’Agence a interrogé en 2008 23.000 personnes appartenant à une minorité, plus cinq cents autochtones de six États membres, dont la Belgique.

En Belgique, on a interrogé des membres des deux minorités principales, les Marocains et les Turcs. La Belgique se trouve dans la moyenne du taux de discrimination, mais les Marocains se sentent systématiquement plus discriminés que les Turcs. La différence se fait surtout sentir à l’école. Trente-cinq pour cent des personnes d’origine marocaine interrogées ont estimé avoir été traitées sans respect avec leurs professeurs, contre 10 % des Turcs.

Les enquêteurs ont également sondé l’attitude de la police. Il en ressort, selon De Morgen, que la population d’origine marocaine se sent plus discriminée et contrôlée par la police que les Turcs et les « autochtones ». Les services de police européens semblent le confirmer. Les Marocains ont été en moyenne contrôlés trois fois plus par la police et dans presque tous les cas, ils ont été fouillés ou leur voiture a été examinée.
(D’après Belga)

Accord sur les inscriptions

Rudolf Marton – Le Soir
Le comité ministériel restreint du gouvernement de la Communauté française, réuni depuis 17 heures, s’est accordé en fin de soirée sur les critères devant départager les élèves dans les écoles où il y a plus d’inscrits que de places disponibles. L’accord sera présenté ce mardi midi. Outre des critères de type géographique, on tiendra compte des partenariats pédagogiques que les écoles secondaires pourront établir avec des écoles primaires


Les ministres butaient sur les critères devant départager les élèves dans les établissements où le nombre d’inscrits dépasse le nombre de places disponibles.

Quels seront ces critères ?
Un : la longueur du trajet entre le domicile et l’école – l’élève le plus proche de l’établissement l’emportant sur l’autre.

Deux : la distance séparant l’école secondaire de l’école primaire d’origine. Le décret fixera un rayon (de 4 km).

Trois : ici, il y a eu duel entre, d’une part, le CDH et, d’autre part, PS et Ecolo. Mais le CDH a finalement obtenu que l’un des critères soit l’existence d’un lien privilégié entre l’école secondaire et l’école primaire. Dans le tri des élèves, on favorisera ainsi celui provenant d’une école primaire avec qui existait un « partenariat pédagogique. » Si une école secondaire veut s’inscrire dans cette pratique du partenariat, elle devra en conclure trois (avec trois écoles primaires, donc), dont un au moins devra être conclu avec une école primaire dont l’indice socio-économique est inférieur au sien.

Mode d’emploi
La période d’inscriptions débutera le 8 mars et elle durera 15 jours. Les parents ne devront s’inscrire que dans un seul établissement – celui correspondant à leur 1er choix. Là, ils recevront un formulaire sur lequel ils indiqueront les écoles correspondant à leur 2e choix, leur 3e choix, etc.

Si, à la fin de la période des inscriptions, l’école de 1er choix constate qu’elle a trop de candidats à l’inscription, un tri devra être opéré et l’on tentera d’évacuer les élèves déçus vers les écoles qu’ils ont mentionnées sur le fameux formulaire.
P.Bn.

lundi 14 décembre 2009

Une mosquée profanée dans le Tarn

La façade de la mosquée Bilal de Castres, taggée dans la nuit de samedi à dimanche. Crédits photo : AFP

Des inconnus ont taggé sur les murs extérieurs de l'édifice situé à Castres des propos xénophobes et des croix gammées. Des pieds et des oreilles de cochon ont également été retrouvés.

La mosquée Bilal de Castres, dans le Tarn, a été profanée dans la nuit de samedi à dimanche par des inconnus. Après avoir franchi le portail de deux mètres, ils ont dessiné des croix gammées et écrit «Sieg heil» (slogan nazi, ndlr) sur les murs extérieurs de l'édifice, où ils ont également tracé des inscriptions telles que «La France aux Français» et «White power», a indiqué le président de l'Association islamique de Castres, Abdelmalek Bouregba, responsable du lieu de culte.

Des pieds de cochon ont également été suspendus à la poignée du portail. Sur la porte, des oreilles de cochon avaient été agrafées et des affiches placardées sur lesquelles étaient dessinés des drapeaux français, a-t-il précisé. Il a indiqué que les auteurs de la profanation n'avaient pas pénétré à l'intérieur de la mosquée. La police s'est rendue sur place pour procéder à des relevés d'empreintes, a ajouté Abdelmalek Bouregba, en précisant qu'il allait porter plainte.

Le responsable de la mosquée, ouverte en 1986 dans un ancien hangar et comportant une salle de prière de quelque 200 m2, s'est déclaré outré par la profanation, qu'il a qualifié d'«acte prémédité». «C'est un ensemble. Depuis un certain temps, on n'arrête pas de viser la communauté musulmane», a-t-il dénoncé, faisant notamment allusion à certains dérapages dans les débats sur l'identité nationale et au référendum pour l'interdiction de la construction de nouveaux minarets en Suisse.

«Aucune piste n'est écartée», a déclaré Paul Agostini, le directeur de la police départemental du Tarn, qui a précisé qu'aucun incident, ni litige n'avait été signalé les jours précédents autour de la mosquée. Une enquête est en cours.

Condamnations unanimes
La préfète du Tarn, Marcelle Pierrot, a rencontré sur place la communauté musulmane «pour lui exprimer sa solidarité». «Ces actes de profanation condamnables (sont) contraires aux valeurs de notre république laïque qui permet à chacun de pouvoir exercer sa foi dans le respect des règles et des valeurs de notre démocratie», a-t-elle souligné. Le ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, a estimé que le racisme, la xénophobie et l'antisémitisme n'avaient pas leur place en France. Le député du Tarn Bernard Carayon (UMP) a dénoncé pour sa part cet acte, estimant qu'«il faut beaucoup de médiocrité et de haine pour s'attaquer aux lieux sacrés qui rassemblent les croyants». Quant au député Philippe Folliot (app-NC), il a «condamné de la manière la plus absolue cette provocation», parlant d'«acte lâche». Enfin l'UMP a témoigné «toute sa compassion aux musulmans tarnais. «Ces actes scandaleux et intolérables portent atteinte aux valeurs fondamentales de notre République que Nicolas Sarkozy a encore récemment rappelées à tous nos concitoyens et notamment celles du respect de l'autre et de la tolérance», a déclaré le porte-parole adjoint , Dominique Paillé.

SOS Racisme a condamné dans un communiqué la profanation, qui «vise très clairement, de la part des auteurs de ces méfaits, à laisser entendre qu'un musulman ne saurait être Français», et déplore «la libération de la parole raciste, libération que le débat sur l'identité nationale permet et organise».

L'actuelle mosquée Bilal, d'une capacité de 250 personnes, ne peut accueillir tous les pratiquants, la prière du vendredi regroupant près de 350 personnes venant de Castres et des environs. Les femmes et d'autres fidèles sont accueillis dans une salle proche. La construction d'une nouvelle mosquée est envisagée, pour une ouverture d'ici à 3 ans, avec «une salle de prières de 800 m2 pour accueillir 600 fidèles, et aucun minaret n'est prévu», a noté Abdelmalek Bouregba.

Et si l'Europe aidait sa capitale ?

Créer un nouveau Fonds européen pour aider les villes qui accueillent des institutions. Voilà l’idée de Didier Gosuin. © d.r.

Politique. Une piste de financement. La Région bruxelloise bénéficie des fonds européens. Prochaine négociation de la manne européenne : 2010. « Profitons-en pour demander à l'Europe de financer sa capitale » suggère didier Gosuin (MR).

Que reste-t-il des Etats-Généraux de Bruxelles ? Au moins des idées. Exemple ? Pourquoi ne pas solliciter l'Europe pour refinancer Bruxelles ? La question mérite d'être posée, estime aujourd'hui Didier Gosuin. Le chef de groupe de l'opposition MR, relayant des prises de position de spécialistes des finances publiques tels que Philippe Cattoir, Magali Verdonck ou Pol Zimmer (auteurs d'un cahier du Crisp sur les finances publiques), vise les fonds européens. Pour l'heure, la Région bruxelloise reçoit, tous les sept ans, une enveloppe de quelque 200 millions d'euros, via la politique régionale européenne. Ainsi la capitale bénéficie-t-elle de programmes de développement socio-économique, comme le Feder, ou de mise à l'emploi, comme le Fonds social européen. Si ces montants sont évidemment particulièrement bienvenus dans une Région désargentée, ils n'en restent pas moins réduits par rapport aux sommes dégagées pour d'autres régions européennes, économiquement moins développées. Ainsi, pour la période 2007-2013, Bruxelles reçoit 183 millions d'euros, contre 26 milliards d'euros pour la Tchéquie.

La répartition de la manne européenne se négocie, tous les sept ans, entre Etats membres. Or, la prochaine répartition (pour la période 2014-2021) doit être soumise par la Commission au Parlement européen en juillet 2011. Les discussions doivent donc démarrer en 2010. C'est là que, relayant l'avis des experts, Didier Gosuin propose : « Pourquoi ne pas demander que l'Europe intervienne financièrement pour sa capitale ? » Il s'agit moins, précise le chef de groupe MR, de réclamer davantage au travers des Fonds existants. « Mais de faire en sorte que l'on prenne en compte la présence des institutions européennes. Via un nouveau fonds. Cela ne concerne d'ailleurs pas que Bruxelles : d'autres villes accueillent des instances de l'Union. Cela a un coût. » Que, pour l'heure, Bruxelles supporte seule. « Profitons de la présidence belge pour lancer le débat, propose Didier Gosuin. Nous avons là une occasion unique ! Je sais que ce ne sera pas facile. Mais je vois mal comment la Commission pourrait balayer d'un revers de la main cette demande. » Pour s'assurer que l'idée suit son chemin, Didier Gosuin interpellera le ministre-président bruxellois le 14 janvier au Parlement. Son souhait ? Que l'on crée une task force bruxelloise, entre experts des

universités et administrations, acteurs politiques, pour bétonner le dossier bruxellois. Gageons que, dans l'attente de la réponse de Charles Picqué, Didier Gosuin veillera à sensibiliser son coreligionnaire Olivier Chastel, secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, qui mènera la négociation.
VERONIQUE LAMQUIN

L’absentéisme en hausse chez les professeurs

DR
Les chiffres de l’absentéisme des professeurs sont en augmentation ces deux dernières années. Avec 1.579.768 jours de congé de maladie en 2009, on constate une hausse de 4,5 % par rapport à 2007.


L’absentéisme est en hausse chez les profs, révèlent lundi les journaux du groupe Sud Presse. Alors que le taux d’absentéisme sur le marché du travail tourne autour des 5,3 %, il frôle les 7 % dans l’enseignement.

« C’est la pénibilité de la fonction qui explique ce taux d’absentéisme plus important », réagit Pascal Chardonne, président de la CGSP Enseignement. Près de deux tiers (63 %) des congés de maladie dépassent les 15 jours.

Ce sont les professeurs du Hainaut qui ont été les plus absents, totalisant 36 % des jours de congé maladie. « C’est la province la plus consommatrice en matière de soin de santé » précise Pascal Charbonne.

En 2009, 18 % des congés de maladies ont été pris durant le mois de janvier. Si les chiffres de l’absentéisme des professeurs sont en hausse ces deux dernières années, l’augmentation n’est cependant pas liée aux effets de la grippe H1N1, notent les journaux du groupe du Sud Presse. Les absences en septembre, octobre et novembre 2008 étaient en effet supérieures de 41 % en 2008 par rapport à 2009.
(belga)

dimanche 13 décembre 2009

Cheikh Mo : les rêves brisés d'un émir visionnaire.

Il y a quelques années, un conseiller approche l'émir de Dubaï pour lui présenter un projet de construction. « Seulement 90 étages ? », s'étonne Cheikh Mohammed ben Rachid el Maktoum. Les jours passent et le dit conseiller revient, tout sourire, avec un nouveau plan : celui de « Burj Dubaï », la tour la plus haute du monde - 818 mètres pour 162 étages - . L'émir jubile : enfin un nouveau bijou, à la hauteur de ses ambitions...

Le rêve était-il trop beau pour durer ? Un mois après l'annonce d'un moratoire sur les dettes de Dubaï, l'inauguration du fameux gratte-ciel en forme de flèche, prévue le 4 janvier, risque de sonner le glas de ce conte moderne des mille et une nuits, subitement rattrapé par la crise.

Sur un des nombreux posters à son effigie, Cheikh Mo - c'est ainsi que les expatriés le surnomment - pose fièrement, dans sa traditionnelle dichdacha blanche, devant une enfilade de blocs de verre et de béton aux allures futuristes. Pour cet ambitieux souverain au maintien droit enseigné dans une école militaire britannique, la perfection a toujours été, plus qu'une obsession, un véritable « leit motiv ». Dubaï, c'est son histoire, celle d'une dynastie bédouine éprise de modernisme, celle d'un minuscule morceau de désert - dix fois plus petit que la Suisse - devenu, en un temps record, le nouveau Las Vegas du Moyen-Orient. Un simple détour par la crique, où s'amarrent encore aujourd'hui les bateaux en bois chargés de marchandises permet facilement d'imaginer à quoi ressemblait, à sa naissance, en 1949, sa ville natale : un petit port en bordure du Golfe, au cœur de la péninsule arabique.

Dans les années 60, la découverte de pétrole sera salutaire. Elle permettra à son père, Cheikh Rachid, de puiser dans ses réserves - limitées - pour bâtir les trois piliers de Dubaï : l'immobilier, le tourisme et le commerce international. A sa mort, en 1990, c'est le grand frère, Cheikh Maktoum, qui prend la relève. Dans l'ombre du pouvoir, Cheikh Mohammed - qui écope du titre de « prince héritier » - est déjà très actif. En janvier 2006, il prend officiellement les rênes du carrosse, après le décès de Cheikh Maktoum. Fan de chevaux de course - il en possèderait 4000 - et de Formule 1, ce féru de poésie - dont on peut lire les vers sur son site Web - n'a jamais caché son penchant pour la vitesse. Et pour la démesure. Quitte à s'endetter jusqu'au cou. « Je veux être le numéro un, pas dans ma région, mais dans le monde », confiait-il, il y a peu, à la chaîne américaine CBS.

Pari presque réussi : au cours de ces dix dernières années, Dubaï connaît une croissance fulgurante à deux chiffres. Nouvel eldorado des promoteurs immobiliers, attiré par ce vaste chantier en construction, où le moindre appartement s'achète sur plan, et à crédit, le petit émirat se développe à toute allure. Dès la fin des années 90, la première « merveille » surgit en plein mer : Burj Arab, un luxueux hôtel sept étoiles en forme de voile, où la plus petite des suites - aux salles de bain équipées de robinet en plaqué or - mesure 170 mètres carrés.

Les projets pharaoniques s'enchaînent. Ici, une île artificielle en forme de palmier. Là, une piste de ski artificielle. A chaque quartier, son supermarché géant, ses boutiques de luxe, ses cafés branchés ultra climatisés. Les projets flambent. Les prix aussi. Un concept inédit dans la région qui sera très vite envié, et imité par d'autres pays du Golfe. « Pour le Qatar, Bahreïn, le Koweït, la Jordanie, Dubaï est un vrai modèle », relève l'économiste jordanien, Ibrahim Saif (cliquer ci-dessous pour lire la suite).

Très vite, Dubaï s'impose rapidement comme le nouvel endroit « in » où tout le gratin du show bizz international vient pour être vu. Georges Clooney y pavane au festival international de film (dont la sixième édition vient de démarrer). Kylie Minogue y inaugure, en robes de soirée, l'imposant hôtel Atlantis, couleur rose coquillage. Le footballeur David Beckham y achète un bout d'île pour y bronzer, en plein hiver. Séduits par ce paradis fiscal, les Occidentaux en mal de soleil y accourent de partout : Europe, Afrique du Sud, Etats-Unis... Eldorado pour les uns, havre de paix pour les autres, Dubaï fait également office de refuge pour les populations voisines. Afghans et Irakiens y fuient la guerre. Iraniens et Pakistanais y placent leur argent, par manque de confiance dans leurs régimes.

Aujourd'hui, plus de 180 nationalités différentes composent sa population de 1,2 millions habitants - dont seulement 20 % de locaux. Les mini-jupes y côtoient, sans aucune forme de discrimination, les abbayas noires des femmes du Golfe. S'il est interdit de manger un sandwich en public pendant le ramadan, les hôtels de luxe servent discrètement de l'alcool aux étrangers. «Je ne paye pas d'impôt, je viens travailler en t.shrit, je peux aller faire de la plongée sous-marine le week-end. Que demander de plus ?», roucoule Rémi Vache, un expatrié français. Véritable hubb, l'aéroport accueille, chaque jour, des milliers de touristes en transit, nombreux à choisir de voyager dans les fauteuils moelleux d'Emirates Airlines, la compagnie nationale, fondée en 1985. Parfois, ils en profitent pour faire une halte de deux jours, le temps d'un détour au Dubaï Mall. D'une superficie de presque 1 million de mètres carrés, c'est le centre commercial le plus grand du monde.

Eblouis par cette vitrine aussi lisse que la page facebook de Cheikh Mohammed (107 126 fans au compteur !) , les visiteurs de passage en oublient l'envers du décor. A commencer par les conditions de vie déplorables de ces hordes d'ouvriers du Bengladesh, du Pakistan, de l'Inde. Véritables artisans du boom de Dubaï, ils travaillent parfois jour et nuit, pour environ 150 euros par mois, et logent dans des baraques en tôles. Au bout de la chaîne de production, ils sont aujourd'hui les premières victimes de la crise économique.

Les coulisses de Dubaï, c'est aussi le business de la prostitution, le blanchiment d'argent, ou encore l'affaire du viol, récent, d'un français que les autorités ont cherché à étouffer. Manque de chance : la mère du jeune homme était journaliste. L'année dernière, l'évacuation de centaines de cuvettes de toilettes dans la mer - faute d'un système de tout-à-l'égoût pleinement opérationnel - a bien failli, également, faire fuir les baigneurs. Autant d'incohérences que l'explosion de la bulle immobilière, provoquée par la crise internationale, rend aujourd'hui plus visibles. «Tout le monde a été séduit par ce miroir aux alouettes. Il a fini par se briser », relève le banquier Georges Ugeux, habitué du Golfe.

En un an, les prix des logements ont chuté de 40 %. A la tête des projets les plus faramineux, le conglomérat Dubaï World se voit aujourd'hui incapable d'honorer sa dette. L'erreur de départ de Dubaï, dit-il, « c'est d'avoir dépensé à tout va, en pensant que, de toute façon, Abu Dhabi, le voisin, riche en pétrole, serait capable de payer ». Question de caractère. « Cheikh Mohammed, c'est l'extravagance. Cheikh Khalifa - son cousin, à la tête d'Abu Dhabi-, c'est le pragmatisme, la discrétion et la sagesse », poursuit Georges Ugeux.

Sauf qu'après avoir volé, une première fois, au secours de Dubaï - il y a un an - Abu Dhabi en a assez de jouer les vaches à lait. « L'aide se fera au cas par cas », ont prévenu ses dirigeants. Pour Cheikh Mo, l'atterrissage est rude. « Au moins, il a eu le courage d'avancer, dans une région du monde mouvementée, où tout le monde a plutôt tendance à reculer », tempère Olivier Auroy, un expatrié français, qui préfère voir le « bon côté » de la crise : le retour en masse, dans les eaux du Golfe, des bernard l'ermite, depuis que les travaux du fameux « World » - une colonie d'îles en forme de planisphère - ont été interrompus.

Le 4 janviers, les stars risquent, elles, d'être moins nombreuses à venir assister, du haut de Burj Dubaï, au nouveau spectacle des grues à l'arrêt et des immeubles flambants neufs constellés de panneaux « to let » (« A louer »).
Delphine Minoui